M. le Député, votre billet discréditant une fois de plus le corps enseignant semble user de ficelles tellement grosses qu’il en devient caricatural.
S’agissant de l’utilisation des locaux, il semblerait que ce soit plutôt 210 à 220 jours d’utilisation voire 250 (notamment pour les établissements servant aux différents concours). Cela étant, beaucoup d’administrations n’ouvrent que de 9h à 16h sur 5 jours, ce qui n’est pas le cas des collèges ou des lycées (à disposition 5 ou 6 jours par semaine). Le taux d’occupation des locaux, est donc probablement plus proche de 52*5 = 260 jours, ce qui ne représente au final que 40 à 50 jours de différence. Nous sommes loin des 200 jours que vous présentiez dans votre billet – pour quelle raison étrange par ailleurs ? De plus, il ne me semble pas que les fonctionnaires travaillant dans les services préfectoraux, par exemple, soient astreints à être disponibles toutes les semaines de l’année.
Si ce que vous proposez revient à créer une école d’été par exemple, cela amènerait forcément de nouvelles embauches, l’ensemble du personnel de l’Education Nationale, ayant droit aux congés payés, serait donc bien obligé de les prendre au moins pour une partie de cette période. Ainsi seriez-vous contraint de recruter massivement de nouvelles forces de travail – quand bien même tous ces employés saisonniers ne seraient employés qu’en CDI. De manière un peu ironique, il est toujours délicat de la part des politiques d’évoquer non pas le temps de travail, mais le temps de présence dans l’institution de rattachement (notamment en raison du cumul des mandats). D’ailleurs vous n’échappez pas à la règle pour la précédente session parlementaire : http://www.nosdeputes.fr/yves-jego
Concernant le temps de travail des professeurs, il me semble que vous êtes soit populiste ou démagogique, soit totalement ignorant de ce qui compose une journée type. N’étant pas professeur moi-même, mais ayant déjà préparé des cours et ayant plusieurs de mes amis (dont ma femme !) qui appartiennent à cette corporation, je peux vous garantir qu’ils ne comptent pas leurs heures, notamment en début de carrière. En effet, entre les préparations de cours, et les temps de transports entre établissements en cas de multi-affectation, ceux-ci sont particulièrement maltraités par l’institution. Compte tenu de la désorganisation qui prévaut dans ce ministère (ah ! le bon vieux système des académies/rectorats…) votre proposition de rattacher un enseignant à un établissement est pour le moins utopique. Certains en rêveraient ! Comme j’ai pu le constater, certains sont rattachés à deux ou trois collèges ou lycées, devant gérer deux à trois niveaux de cours différents avec des établissements parfois situés à plus de 30km l’un de l’autre, comme a pu me l’expliquer une enseignante de la région sud-ouest !
Supposons que vous régliez le problème des enseignants affectés sur plusieurs établissements (ce qui reviendra nécessairement à augmenter massivement les effectifs ou à réorganiser totalement l’administration, i.e. les académies/rectorats). Dans ce cas se posera naturellement la question de l’aménagement des locaux où pourront exercer les professeurs. Si vous pensez que les actuelles salles des professeurs, qui ne permettent même pas d’accueillir l’ensemble des professeurs (en leur attribuant par exemple uniquement 1m² par personne), seraient suffisantes, vous faîtes erreur, et vous démontrez aussi par là-même votre méconnaissance de ce dossier. Votre dernière proposition revient en fait, à effectuer des investissements colossaux en termes de bâti et de foncier pour pouvoir construire les nécessaires futurs bureaux. Mais cela serait encore insuffisant. A cela, faudrait-il ajouter l’équipement informatique, ce qui impliquerait nécessairement des recrutements (par exemple un administrateur système), des bibliothèques dignes de ce nom (pour effectuer les recherches documentaires), des fournitures de bureau (crayons, cahier, agendas, etc…), des logiciels de bureautique, du matériel de bureau (téléphone, fax, etc…), bref autant de dépenses assurées jusqu’alors par les enseignants eux-mêmes. Ainsi cette proposition reviendrait essentiellement à alourdir encore plus la charge des collectivités locales que sont le département (collèges) et la région (lycées), mais cela ne serait pas la première fois que la majorité au pouvoir réaliserait une telle opération (cf. le RSA, par exemple).
Le service assuré par l’Education Nationale est largement perfectible, mais en tant qu’homme politique, vous ne faites pas honneur à votre fonction, lorsque vous en arrivez à utiliser les armes des poujadistes et démagogues que sont la caricature, et la calomnie des fonctions assurés par les employés de la fonction publique, pratique habituellement réservée à l’extrême-droite. Ainsi, ce n’est pas en s’acharnant sur le personnel assurant le service public, mais bien en repensant son organisation qu’il sera possible de le faire évoluer, espérons-le, dans le bon sens.


Le texte de M. Jego, sous couvert de bons sentiments et de bonne gestion, s’inscrit dans la propagande gouvernementale de déconsidération avant démantèlement, des services publics. On connaît cela dans d’autres secteurs, comme la santé.
Merci à forumblr et à Fabrice de nous avoir alertés.